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Droit à l’oubli : Google propose de faire du Cloaking !

Par Guillaume Thavaud - Publié le 28 janvier 2016

Entre Google et l’Europe, le torchon brûle depuis longtemps concernant le Droit à l’oubli. Pour mémoire, il s’agit d’une disposition permettant aux internautes de faire déréférencer des résultats de recherche leur portant préjudice, à condition que leur demande soit légitime. Les Américains sont culturellement opposés à ce déréférencement, car ils mettent en avant la liberté d’information, tandis qu’en Europe c’est le respect de la vie privée qui est mis en avant. (à noter que par contre, quand il s’agit de Revenge Porn, Google se rallie au point de vue européen)

Bref, Google a accepté à contrecœur de supprimer des résultats de recherche dans les versions géographiques de ses moteurs, lorsque cela était pleinement justifié. (en ce qui concerne la France, selon le rapport de transparence proposé par Google, il y a eu à ce jour plus de 260 000 demandes, dont 110 000 ont été acceptées).

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Ceci ne convient pas à la CNIL, qui souhaite que les résultats de recherche en question soient supprimés de toutes les versions de Google (y compris Google.com). Pas de demi-mesure !

Comment satisfaire à la fois le goût américain pour la liberté d’information et la protection des internautes européens ? D’après un article publié dans le journal Le Monde, Google pourrait prochainement mettre en place une méthode basée sur l’adresse IP de l’internaute. Concrètement, si vous êtes un internaute européen (d’après la détection effectuée par Google), vous ne verriez pas les résultats concernés par le droit à l’oubli (contrairement aux internautes américains).

Une idée intéressante, mais j’y vois plusieurs problèmes :

  • le fait de présenter des contenus différents suivants le profil de l’internaute, c’est une forme de Cloaking et c’est en principe pénalisé par Google. (Voir à ce sujet un article publié dans le centre d’aide pour les webmasters). On est dans un cas où le cloaking apparait comme légitime (comme le fait de traduire un contenu en fonction de la langue de l’internaute) mais cela ne pourrait-il pas une brèche pour les référenceurs black hat ?
  • la détection géographique est loin d’être parfaite et se heurte à des tas d’exception (par exemple, je pars en voyage aux USA, quelle version devrais-je voir dans les résultats de recherche ? La version censurée ou pas ?)
  • C’est facile à contourner pour les internautes avisés (il suffira d’utiliser des proxy). Par contre, ces techniques de contournement ne clairement pas à la portée de tous.

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La CNIL est en train d’étudier la proposition de Google, et nous verrons si elle est acceptée ou pas. Quoi qu’il en soit, elle démontre qu’il est difficile de mettre en place des restrictions européennes sur un environnement qui est par nature international. Et cela ne concerne pas seulement le droit à l’oubli, d’autres secteurs sont concernés, comme la lutte contre le piratage numérique ou la lutte contre la propagande djihadiste…